Pendant longtemps, la télévision a été le centre du salon. On allumait le poste, on regardait ce qui passait, on attendait son programme préféré et, parfois, on subissait ce qui venait avant. La grille télé décidait pour nous.
Mais les usages changent. Et parfois, les exemples les plus parlants ne viennent pas d’une étude ou d’un graphique, mais d’une simple conversation familiale.
Il y a encore peu de temps, ma mère ne comprenait pas vraiment mon utilisation de Netflix, des plateformes de vidéo à la demande ou de YouTube. Pour elle, comme pour beaucoup de personnes élevées avec la télévision classique, regarder un programme voulait dire s’installer devant la télé à l’heure prévue.
Puis, petit à petit, les choses ont évolué. Elle s’est mise à regarder davantage Netflix. Elle a commencé à délaisser certains programmes télé. Elle m’a même dit récemment : « Je verrai mon feuilleton plus tard sur le replay ».
Cette phrase paraît anodine. Pourtant, elle résume une transformation profonde de notre rapport à la vidéo : nous ne voulons plus seulement regarder la télévision, nous voulons regarder le bon contenu, au bon moment, sur le bon support.
La télévision n’est pas morte, mais son monopole est terminé
Il serait facile de tomber dans un discours caricatural : « la télévision est morte », « Internet a gagné », « plus personne ne regarde les chaînes classiques ». Ce serait faux.
La télévision reste un média puissant. Elle continue de rassembler massivement lors des grands événements sportifs, politiques ou culturels. Les journaux télévisés, les grandes émissions de divertissement, les compétitions sportives et certains programmes populaires gardent une vraie capacité à réunir un large public.
Mais ce qui a changé, c’est que la télévision n’est plus seule.
Aujourd’hui, elle partage notre attention avec Netflix, YouTube, Twitch, Prime Video, Disney+, TF1+, france.tv, les réseaux sociaux, les plateformes de replay et les contenus courts. Le téléspectateur est devenu un utilisateur de contenus vidéo.
Le Référentiel des usages numériques 2025 publié par l’Arcep et l’Arcom montre bien cette évolution. Les Français restent très équipés en téléviseurs, mais les usages vidéo se répartissent désormais entre plusieurs écrans, plusieurs plateformes et plusieurs modes de consommation.
La télévision ne disparaît donc pas. Elle devient une option parmi d’autres dans un univers vidéo beaucoup plus large.
Le vrai changement : le spectateur a repris le contrôle
La grande rupture n’est pas seulement technologique. Elle est culturelle.
Pendant des décennies, la télévision fonctionnait selon une logique simple : une chaîne décidait d’un programme, d’un horaire, d’une durée et d’un rythme. Le spectateur devait s’adapter.
Si une émission commençait à 21h10, il fallait être disponible à 21h10. Si un film passait un mardi soir, il fallait le regarder ce mardi soir. Si l’on ratait son programme, il était tout simplement perdu, ou presque.
Avec le replay, la VOD, les plateformes de streaming et YouTube, la logique s’inverse. Le contenu attend le spectateur.
Cette évolution explique en grande partie pourquoi des personnes peu technophiles finissent elles aussi par adopter ces nouveaux usages. Ce n’est pas forcément par passion de la technologie. C’est parce que le service rendu est évident.
Regarder ce que l’on veut, quand on veut, sans dépendre d’une grille horaire, est un confort difficile à abandonner une fois qu’on y a goûté.
Ma mère n’a pas arrêté de regarder des contenus vidéo. Elle a simplement commencé à se libérer de la grille télé.
Le téléviseur devient un écran Internet
Une autre erreur serait d’opposer trop simplement télévision et Internet. Dans les faits, l’écran du salon n’a pas disparu. Il a changé de rôle.
Le téléviseur sert encore à regarder les chaînes traditionnelles, mais il sert aussi à ouvrir Netflix, YouTube, Prime Video, Disney+, france.tv ou TF1+. Avec les box Internet, les Smart TV, les consoles et les clés de streaming, le poste de télévision est devenu un écran connecté.
Autrement dit, le débat n’est plus seulement : téléviseur contre smartphone.
Le vrai sujet est plutôt : télévision linéaire contre consommation vidéo à la demande.
On peut très bien regarder YouTube sur une télévision. On peut regarder France 2 sur un smartphone. On peut regarder un documentaire d’Inoxtag sur un ordinateur, puis Fort Boyard en replay sur une tablette.
Les frontières techniques se brouillent. Ce qui compte désormais, ce n’est plus seulement l’écran utilisé, mais le type de contenu et la liberté de consommation.

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Les jeunes ne distinguent plus vraiment TV, YouTube et plateformes
Pour les générations qui ont grandi avec la télévision comme média central, la distinction entre « la télé » et « Internet » reste assez naturelle.
Mais pour une partie du public plus jeune, cette frontière est beaucoup moins évidente.
Un adolescent peut regarder HugoDécrypte pour suivre l’actualité, Squeezie pour un grand format de divertissement, Inoxtag pour un documentaire, Netflix pour une série, France TV Slash pour un contenu de société et Twitch pour un événement en direct.
Dans son esprit, il ne s’agit pas forcément de passer d’un média à un autre. Il passe simplement d’un contenu à un autre.
La notion de chaîne perd donc progressivement son importance au profit de la notion de format, de personnalité, de recommandation et de plateforme.
On ne regarde plus seulement « ce qu’il y a à la télé ». On choisit une vidéo, un créateur, une émission, un documentaire ou un live.
Les médias historiques ont compris qu’ils devaient aller là où se trouve l’audience
Cette évolution n’a pas échappé aux chaînes de télévision. Pendant un temps, certains acteurs historiques ont pu voir YouTube, Netflix ou Twitch comme des concurrents à combattre. Mais cette logique montre ses limites.
Aujourd’hui, les médias traditionnels comprennent de plus en plus qu’il vaut mieux aller chercher le public là où il se trouve.
France Télévisions en est un bon exemple. Le groupe développe ses propres plateformes, mais il investit aussi fortement YouTube et les usages numériques. Ce n’est plus seulement une stratégie de rediffusion. C’est une manière d’exister dans les nouveaux parcours de consommation vidéo.

Les événements venus d’Internet passent aussi de plus en plus souvent par des chaînes ou des plateformes issues de l’audiovisuel traditionnel. Le GP Explorer de Squeezie a par exemple été diffusé sur Twitch, mais aussi accompagné par France Télévisions. Inoxtag a vu son documentaire Kaizen sortir comme un véritable événement, au croisement du cinéma, de YouTube et des médias traditionnels.
On peut aussi citer les collaborations entre chaînes, streamers et créateurs autour de formats événementiels : sport, divertissement, visites exclusives, contenus spéciaux ou opérations de promotion.
Le message est clair : les chaînes ne cherchent plus seulement à faire revenir les internautes vers la télévision. Elles cherchent à exister partout où l’audience consomme déjà de la vidéo.
Les créateurs Internet ne remplacent pas la télévision : ils en reprennent certains codes
Dire que les créateurs remplacent la télévision serait également trop simple.
En réalité, les créateurs les plus influents reprennent certains codes de la télévision : émissions récurrentes, grands directs, documentaires, événements sportifs, formats longs, décors travaillés, équipes de production, partenariats, marques et concepts exportables.
Squeezie, Domingo, ZeratoR, Inoxtag ou HugoDécrypte ne sont plus seulement des personnes qui publient des vidéos. Ils produisent des formats, animent des rendez-vous, fédèrent des communautés et créent parfois de véritables événements médiatiques.
Mais ils apportent aussi une différence importante : leur agilité.
Les créateurs Internet testent vite, changent vite, adaptent vite. Ils sont aussi capables d’arrêter un format avant que le public ne s’en lasse. C’est une différence notable avec certains programmes télévisés qui peuvent parfois être prolongés jusqu’à l’usure.
Quand un créateur annonce la fin d’un format populaire, il ne le fait pas forcément parce que le format ne fonctionne plus. Il peut aussi le faire pour préserver la rareté, l’envie et l’intérêt du public.
Cette logique événementielle est l’une des grandes forces de la culture Internet.
La vraie fracture n’est plus TV contre Internet, mais linéaire contre à la demande
Finalement, la question « télévision contre Internet » semble de moins en moins pertinente.
La vraie fracture se situe plutôt entre deux manières de consommer les contenus.
D’un côté, il y a le modèle linéaire : une chaîne, une grille, un horaire, un programme imposé à un moment précis.
De l’autre, il y a le modèle à la demande : un contenu disponible quand on le souhaite, sur l’écran que l’on préfère, avec la possibilité de mettre en pause, reprendre, revoir, partager ou passer à autre chose.
Ce basculement ne concerne pas uniquement les jeunes. Il touche progressivement toutes les générations, dès lors que l’usage devient simple et que l’intérêt est évident.
La phrase « je regarderai ça plus tard en replay » est peut-être l’un des meilleurs symboles de cette transformation. Elle montre que même le public historiquement attaché à la télévision classique commence à adopter une logique de choix.
Conclusion : la télévision change de forme
La télévision n’est pas morte. Elle reste un média puissant, capable de rassembler, d’informer et de produire des contenus populaires.
Mais elle n’est plus le centre unique de la consommation vidéo.
Internet n’a pas simplement concurrencé la télévision. Il l’a absorbée, transformée et redistribuée sur une multitude d’écrans et de plateformes.
Les chaînes deviennent des plateformes. Les plateformes produisent des programmes. Les créateurs deviennent des médias. Les médias historiques travaillent avec les créateurs.
Dans ce nouvel environnement, la vraie bataille n’est plus celle de la télévision contre Internet. C’est celle de l’attention.
Et pour capter cette attention, un principe semble désormais s’imposer : le public veut regarder le contenu qui l’intéresse, au moment où il le décide.
On ne regarde plus forcément « la télé ». On regarde des contenus vidéo. Et la télévision, pour rester centrale, doit accepter de devenir l’un de ces contenus.
Dès que j’ai fais mes premiers pas sur internet, j’ai tout de suite voulu devenir acteur de ce média.
Après plus de 15 ans et de nombreux projets, je suis aujourd’hui gestionnaire de communautés et formateur réseaux sociaux.




